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L'édito de février 2002
De
la tranquillité fluviale.
Il y a toujours quelque chose. Oh, ce n’est pas forcément grand
chose… mais en général, à chaque fois, il y a de quoi. Cela peut
aller de la surprise glaçante (c’était un robusto Cohiba !
Noooooon !? Si.) à l’orgie adipeuse et avinée (Eh ! toi !
Oui, toi, là : tu veux pas me remplir mon godet pendant que je coupe
d’autres tranches de sauciflard ?) en passant par la franche
rigolade aux dépens d’un de nos petits camarades (Wouaaaaarf warf !
Y s’est fait refiler des Don Pepe ! La bleusaaaaaaille ! Hou !).
Bref, point de réunion du Club « Pour une poignée de cigares »
sans avoir un bout de laine sur lequel tirer pour faire une pelote éditoriale.
Mais
là, rien. Aucun membre n’a profité de la dégustation de sa vitole
pour faire éclater un scandale ou captiver l’assemblée par des révélations
extraordinaires. Personne
n’a bondi de son fauteuil pour égorger son voisin qui aurait chipé une
boîte d’allumettes par inadvertance… Pas même, pour une éventuelle
sombre mais salvatrice histoire de cabinet vendu à moitié vide, un gant
jeté avec panache en travers de la figure du Président augurant d’un
rendez-vous le lendemain à l’aube dans le jardin des Tuileries…
Suranné, certes, mais terriblement croustillant.
Dans
de telles conditions, il est de bon ton de faire comme si de rien n’était
et d’aller chercher le prédateur tapi au plus profond de soi. Redevenir
un chasseur, être à l’affût du moindre mouvement dans les étuis à
briquet Dunhill et les emporte-pièces Davidoff dans le but obsédant
d’entrapercevoir le fameux bout de laine ami du chroniqueur enfumé.
Une
fois les yeux et les oreilles passés au papier de verre gros grain, la
plus petite aspérité se métamorphose en sujet Pulitzerisable. La
barbichette du présidentielle qui laisse penser qu’Aramis fumait le
puro, les déboires d’un pilote de scooter dont le dos a une dette
envers un bocal de foie gras, un pianiste dominical, un cocktail
relativement Molotov, un businessman qui a le blues de Morris et Goscinny,
une VRP Magnum 46, un trésorier taquin…
Oui mais non. Ne mélangeons pas les torchons dominicains et les
serviettes cubaines. « Pour une poignée de cigares » est un
club de cigare, pas une branche du Café du Commerce. On y devise avec
noblesse de notre univers favori, et par respect d’une tradition vieille
d’au moins un centième de siècle qui a fait de notre Cercle ce qu’il
est aujourd’hui, nous devons garder le sanctuaire de l’intégrité et
de l’exclusivité inviolé. Le Club « Pour une poignée de cigares »
ne verra pas la lettre de son esprit émasculée. Et – Diantre !
– en son sein ce sera bien de tripes fumantes que viendront jouissances
labiales et exhalaisons, tout comme sont issues de capes souples et
luisantes nos joutes verbales érudites enluminées de superbes péroraisons.
Hélas, force est de constater que la dégustation du Monarcas se déroule
à merveille. Chacun s’emplit de longues bouffées de fumée bleue et de
non moins longues goulées d’ambiance bon enfant teintée de doctes
attitudes si caractéristique de la législature aux racines siciliennes.
Tout est parfait. Les lieux sont douillets bien que un tantinet frisquets,
les discours étayés quoiqu’un brin muscosodomites, et le plaisir d’être
là entier, sans conjonction de subordination dans son sillage pour venir
assombrir le portrait que l’on pourrait brosser de notre petite troupe
blottie autour de son fier de lance et qui n’a rien à envier aux
Enfants Perdus suspendus aux histoires fabuleuse d’une Wendy en état de
grâce.
Oh ! Eh ! Président ! Vous croyez qu’on ne vous a
pas vu en train d’essayer de refourguer en douce vos vieux maracas
contre une auréole tout neuve ?
Florestan

© Sébastien BARTHÉLEMI